J'entendis le bruit d'un verre qui casse contre une vitre. Puis le bruit d'un klaxon de voiture me ramena à la réalité. Que faisais-je dans cette salle, assise dans le noir ? Les bruits de la nuit me rattrapèrent un à un. Un autre bruit de klaxon, puis le silence oppressant d'une existence sans but. Une porte claqua, un vent froid entrait dans la pièce et me fit frémir. J'étais toujours assise au milieu de ce nul part où chaque objet m'était inconnu. Et maintenant, j'avais froid. Je sentis mes habits mouillés se figer sur ma peau et mes cheveux se plaquer sur mon visage devenu bleuté. Des talons claquèrent sur le carrelage aussi glacé que le vent qui me fouettait toujours le visage. Une lumière s'alluma et je fus aveuglé par ce blanc éclatant. Je voyais maintenant rouge. Alors, mes jambes essayèrent de me soulever pour que je puisse courir, m'enfuir comme je le faisais depuis des jours. Voila, je me souvenais pourquoi je me trouvais dans cette salle. J'étais partie pour ne plus revenir, partie loin de tout pour oublier le monde. Mais celui-ci me rattrapait comme il le faisait depuis toujours. Alors je me mis debout et entrepris de faire quelques pas pour partir. Ma tête me tournait et mes yeux étaient toujours aveuglés par cette lumière glaçante. Une main se posa sur mon épaule que je repoussai d'un coup. Je me mis à courir pour fuir ce pour quoi j'étais née, pour fuir ce que je ne voulais pas vivre. La lumière et le froid me firent perdre l'équilibre et je me retrouvai par terre. Ma tête claqua sur le carrelage froid et j'aperçus vaguement entre le rouge et le blanc l'image familière de ma mère.
